LES ÉLECTIONS EN 1871
Le principe de l'élection n'est pas absent de la vie municipale, mais il se joue dans d'autres fonctions que celles d'aujourd'hui. En 1870 par exemple: les Prussiens occupent Sèvres et Meudon, les 2/3 des habitants se sont réfugiés à Paris où des commissions municipales provisoires sont mis en place (la mairie de Sèvres est transportée 6 rue François 1er). Dans Paris encerclé, Touzelin, maire de Sèvres, et Robert , maire de Meudon, procèdent à des élections. Mais il s'agit des commandants, lieutenant, sergent etc. de la "Garde Nationale", les électeurs sont 93, seuls les officiers votent.
En 1871 le suffrage universelle se remet en place pour l'élection des députés, mais dans l'arrondissement de Versailles et de Pontoise, auquel Meudon et Sèvres sont intégrées, on ne dénombre que 780 électeurs, par contre il y a plus de 200 candidats, ceux-ci pouvant se présenter dans plusieurs circonscriptions. (Gambetta arrive en 13ème position, Victor Hugo et Louis Blanc n'ont qu'une vingtaine de voix, pour le comte de Paris et de Rotschild c'est la honte dans le canton de Sèvres: une voix chacun et pas plus.)
23 CONSEILLERS EN 1874
Pour une population à Sèvres d'environ 4000 personnes, 23 conseillers s'occupaient des affaires communales en 1874, aujourd'hui pour une population 5 fois plus nombreuse il n'y en a que 35 (et ce nombre a été sérieusement relevé par la nouvelle loi, car il n'était que de 27 pour la précédente équipe). L'incapacité à concevoir un travail d'équipe est telle chez les hommes au pouvoir aujourd'hui, qu'on peut entendre cette réflexion de Gorse dans son dernier journal électoral (J'aurai donc à présider un conseil de 55 membres, ce qui parait un chiffre bien élevé, qui risque parfois de prendre l'allure d'une assemblée politique" Pour une ville comme Boulogne, plus de 100000 habitants, une telle crainte laisse rêveur.
LES MAIRES ...P.D.G.
Le champs d'action des municipalités s'est incroyablement élargi. En 1880 à Sèvres, les conseillers se répartissaient 7 commissions dont les noms peuvent nous faire rêver: "Les chemins" "La gare de marchandise" "Le mur du parc" "Le marché" ...Une mairie à l'heure actuelle intervient à peu près dans tous les secteurs de la vie sociale, de l'urbanisme en passant par la santé, l'emploi, la culture j'en passe et des meilleurs.
Le personnel municipal à Boulogne atteint presque les 2000 salariés, à Sèvres 370 {alors qu'ils n'étaient encore que 150 en 1970}. Les Budgets communaux sont équivalents à ceux des grosses entreprises {5 milliards de francs lourds pour Sèvres, j'ose pas imaginer sur Boulogne}. A ce niveau les maires ont tendance à se comporter en véritable P.D.G. et la démocratie locale se modèle sur le fonctionnement de l'entreprise {ce n'est évidemment pas pour rien que les économistes et hauts fonctionnaires ont succédés aux docteurs et instituteurs dans les fonctions de maires} A Sèvres de 1946 à 1971 les médecins tenaient les cordes de la vie municipales: Dupont, Avenier, Odic, aujourd'hui il ne reste plus que Vuillemenot, candidat communiste. Les toubibs de droite à l'image de Lair semblent se contenter du Rotary Club.
Au niveau local comme au niveau national, la prise de décision se concentre dans les mains du pouvoir exécutif: le Président de la République pour l'état, le Maire pour la commune. Les députés, comme les conseillers municipaux, n'ont pas les moyens de suivre les dossiers, faute de temps et faute de personnel pour les aider. Les maires disposent eux de services et conseillés personnels. Quant à la population, n'en parlons pas, les plus téméraires sont complètement balayés par des chiffres et des considérations de spécialistes, souvent invérifiables.
UN EXEMPLE DE DéMOCRATIE
En 1873, l'équipe municipale veut déplacer le cimetière de Sèvres, qui se trouvait alors au centre ville à l'emplacement actuelle de l'ancienne usine MPMC, futur Centre Culture! de Sèvres, pour le transporter aux Bruyères. Mais la population ne l'entend pas de cette oreille, pas question de toucher aux ancêtres. 500 signatures sont réunies contre le projet, "rien que des propriétaires, des artisans et des commerçants" dit la lettre de présentation de la pétition envoyée à la préfecture. Résultat: dans la séance du conseil municipal du 22 décembre, le maire Léon Journault déclare, dans une envolée très "cornélienne", ne pouvoir prendre une décision allant contre l'avis de 500 sèvriens, pas plus qu' il ne peut se résoudre à ne pas faire ce qu'il estime en sa conscience, être le bien de la commune, qu'en conséquence de quoi ...il démissionne. Imagine-t-on un tel comportement aujourd'hui, de la part de Gauer, Fajnzylberg ou Gorse ? Ce serait idiot diront les personnes sensées. Il suffirait d'une pétition des gens de droite quand la gauche est passée ou des gens de gauche quand la droite a gagné. Héoui... bien sûr, ça ne marche pas dans un contexte où la vie communale n'est plus que le reflet d'un affrontement des partis politiques au pouvoir.
LA DéMOCRATIE Y GAGNE-T-ELLE ?
On peut en douter, les communes ne sont plus que des enjeux politiques, stratégiques, les habitants sont assimilés à des bulletins de votes. Dans chaque ville c'est la division, le rapport de force, qui gouvernent la vie collective. Nous fonctionnons la tête en bas, la vie nationale devrait être le prolongement, l'émanation de ce qui sort des localités, où devrait foisonner une démocratie prenant en charge tous les problèmes, l'organisation, la culture propre à chaque endroit.
Signalons qu'un seul programme sur l'ensemble de tous ceux présentés dans les communes de Boulogne, Meudon et Sèvres, présente une formule permettant une démocratie directe des habitants, il s'agit du référendum d'initiative populaire proposé par les écologistes de Meudon à l'image de ceux fonctionnant dans les communes suisses.
LA COMMUNE ...UN VRAI MYTHE !
Ceci dit il ne s'agit pas de tomber dons un passéisme béat, 10 démocratie d'antan ne concernait pas les femmes, pas les pauvres, et l'autonomie des communes, comme le dévoile G. Duby dons "Histoire de 10 Fronce urbaine" reste largement un mythe. La plupart des communes qui à la fin de l'an 1000 ont voulu prendre leur liberté vis à vis des pouvoirs royal, ecclésiastique ou féodal, ont été écrasé dans le sang. Les dix siècles de développement de nos villes ont très largement été marqué par la confiscation du pouvoir municipal ou profit des classes privilégiées, par des systèmes complexes de cooptation pour accéder aux conseils, des compromissions avec tous les pouvoirs centraux et des tactiques de clans familiaux pour prendre le pouvoir ou le garder.
MAIS ATTENTION AU FANTÔME
Il reste, que même sous forme de mythe, l'idée de la "commune" comme un espace de liberté, responsable de son destin, appropriée par une collectivité humaine capable de se gérer, de se donner sa loi, est présent dans notre fond culturel. Au moment de ces élections municipales, n'est-ce pas cette présence qu'il faudrait interroger ? â Meudon, Sèvres ou Boulogne, formons nous vraiment des collectivités ? en avons nous le désir ? que partageons nous ? J'avais un jour essayé d'évaluer combien de personnes sur une ville comme Sèvres, participaient plus ou moins fortement à la vie locale, en comptant large le nombre ne dépassait pas 200 sur 20 000 habitants. N'est-ce pas ce genre de faiblesse de la vie démocratique qui devrait occuper l'essentiel des débats en cette période électorale.
Denis Le Parc
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LA COMMUNE N'EST PAS MORTE La commune telle qu'on la connaît aujourd'hui est le fruit d'une conquête longue de dix siècles, le plus souvent freinée par le pouvoir féodal puis central. A ce titre la loi sur les nouvelles compétences des collectivités territoriales constitue un tournant très important de l'histoire de nos institutions. A partir du Xème siècle et durant tout le moyen âge, les bourgs et les cités se développent grâce à l'essor du commerce et de l' artisanat .Ces bourgs et ces villes obtiennent peu à peu des privilèges concédés par les seigneurs laïcs ou religieux, et finissent par jouir d'une certaine autonomie. Parallèlement, dans les villages les biens communaux font leur apparition (prés communaux par exemple) Mais la montée de l'absolutisme du pouvoir royal va se traduire par une lente périclitation de l'institution communale jusqu'en 1789 LES COMMUNES DEPUIS LA RÉVOLUTION L'histoire des communes depuis la révolution est celle de l'affirmation progressive de leur autonomie face à un pouvoir étatique, empreint depuis l'origine du centralisme jacobin. Quelques repères illustrent cette évolution : 1789 Les municipalités sont créées sur la base des anciennes paroisses. Le nombre en est toutefois réduit (38000 au lieu de 44000). 1831 Les conseillers municipaux sont élus au suffrage restreint (les citoyens payant le cers sont électeurs) 1837 Le conseil municipal est habilité à délibérer en matière de gestion communale (budget, acquisition) 1871 Le maire est désigné par les conseillers municipaux. 1884 La loi fondamentale régissant le fait communal est votée. Le maire est à la fois représentant de l'état et agent d'exécution des décisions du Conseil Municipal. 1958 La commune est constitutionnellement définie comme une collectivité locale dotée de la personnalité morale de droit public. 1982 La loi sur les nouvelles compétences des collectivités territoriales est votée. En ce qui concerne la commune elle se traduit par un renforcement des pouvoirs du conseil municipal et du maire. Michel Garin |